PARIS CABANE DE L'ODEON

« Sur les écrans de chaque petite salle installée dans la Cabane, par les mots et par les gestes on est en phase avec le mystère de la danse de chacun. Il n'y a pas à proprement parler de chorégraphie. On est libre d'entrer en contact avec acteurs, les auteurs des Portraits Dansés. Cela tourne la tête comme un bal. On s'attache à l'un, puis à l'autre. Filmés chez eux, les amateurs répondent à des questions aussi larges que le bonheur, le malheur, la peur, l'espoir. Ils décrivent leur quartier, leur histoire d'amour. Les Marseillais ne ressemblent pas aux Brétignolais, moins retenus dans l'inventaire du corps. Pas plus sensuels pour autant car la sensualité est toujours présente, qu'elle émane d'une jeune fille ou d'un homme âgé, contrainte ou exprimée.

Ce qui étonne dans ces portraits c'est que la danse semble faire partie intégrante de la vie de chacun, avec la musique qui convient, du tango au hip-hop, du jazz au classique. La danse est là pour exprimer les sentiments premiers, on recule quand on a peur, on ouvre les paumes pour l'espoir, on sautille pour la joie, on se crucifie pour le malheur, on improvise chaque rencontre amoureuse. Les images déferlent, disent les villes, disent les gens dans les villes. On s'y perd heureusement...

Marie-Christine Vernay  Libération 28 décembre 1999.

« A partir d'une quinzaine de questions : Dans quelle position vous endormez-vous ? Quelle est la partie de votre corps que vous préférez ? Qu'est-ce qui vous est arrivé de meilleur ?, Philippe Jamet filme les réponses des interviewés dans leur cuisine ou leur salle à manger puis leur demande de danser ce qu'ils viennent de dire. Le résultat est simple et beau. Les gestes bruts et néanmoins élégants, ont cette fraîcheur fragile, cette gaucherie émouvante qui vient du coeur.

Dans Portraits Dansé », ce sont les mouvements des cinquante personnes rencontrées, de tous milieux, de tous âges, qui nourrissent les solos des danseurs. Regroupant les motifs chorégraphiques (peur, bonheur, malheur, espoir), les sept interprètes s'approprient cet alphabet pour composer une danse subtilement articulée qui garde les qualités du vivant, tout en épurant la ligne jusqu'à l?abstraction. Sur la bande-son de Gadjo Dilo, Christian Ben Aïm lance un chant d'espoir nerveux, tandis que la Coréenne Sun Hye Hur portée par une chanson d'Ima Sumac a conçu un moment énigmatique et charmeur. »

Rosita Boisseau Le Monde 22 décembre 1999.


gestes du commun

Peut on voir l'intime, le montrer en mouvement, le révéler, le cadrer ? Avec pudeur, sans le détruire ? Mais d'abord, que voit on, que sait on de sa propre intimité ? Presque rien. Ce qu'on habite comme sa propre chair, ce qu'on ne voit plus à force d'être, qu'en sait on soi même ? C'est un rhizome enfoui que l'on parcourt sans en voir les bords ni les frontières, un jardin secret qui dérobe ses limites à l'œil du sujet lui même. C'est l'espace oublié qu'on habite sans y penser, sans en percevoir la poésie même. On est dedans, et c'est tout. Notre chair est le déchet de notre mémoire, le " déchair " de notre regard.

Maintenant qu'on suppose un œil très pudique qui cadrerait très serré, très sec, qui plaquerait très doucement d'un geste bref, le sujet sur le mur de son chez soi, sans inquisition, ni curiosité pour les recoins mêmes de son âme, et déterrerait d'un coup sec l'intime au sein du terrier : voila les Portraits dansés de Philippe Jamet, Philippe Demard et Didier Jacquemin. A mille lieues du psy show et autres perdus de vue, sans nul viol, sans forer nul inouï, cinglant simplement, entre geste et parole, avec un brin d'universel concret (l'amour, la mort, la peur, la joie, l'attente) surgissent à fleur de peau d'étonnantes marques d'intimes, des brèves de mémoire.

Ici s'accomplit une sorte d'art naïf (moins populaire que naïf : l'autre Rousseau, le douanier). En pleine querelle de la mondialisation, l'intime ainsi démonté, cadré, écarté de lui même, apparaît infiniment secret, barricadé, mystérieux, magique dans la discrétion de son dévoilement
magique dans la discrétion de son dévoilement instantané, fragmentaire, mobile, risqué. L'essence intime du banal se montre soudain : à chacun pour plus intime que soi sa banalité même, la communauté du commun. Sous l'apprêt défait, un autre visage, un autre corps : la cheville ou l'épaule qui souffrent, le bout de corps qui recueille l'espérance du lendemain ou la douleur d'une vie, le très humble rêve.
(...)
Dépouillée du chorégraphique, la danse est bien le lieu géométrique de cet intime. Et d'abord la danse de Philippe Jamet lui même, invisible ici, depuis laquelle se déploie le regard. "Lorsque je danse seul chez moi, je mis maintenant que nous sommes nombreux à le faire". La danse la plus solitaire, celle qu'on ne voit pas, qu'on ne peut pas voir : tout enfant tout danseur, tout individu banal danse comme il pense et c'est à partir de ces gestes invisibles qu'il regarde et se fait voir. Le miracle est que la caméra puisse approcher ces instants sans les détruire. Le spectateur fera sur lui même l'épreuve du travail, de l'ascèse que requiert un tel regard, à la difficulté, peut être, de côtoyer quelques instants de si près, sans frontière ni bordure de scène, l'intimité des danseurs qui, à leur tour interprètent, comme s'ils dansaient seuls dans leur chambre, les thèmes même que des habitants de Brétigny sur Orge ou de Marseille ont eu le geste de nous montrer dans l'extrême intimité.

"MOUVEMENTS" février Mars 2000


MARSEILLE

« Un instant à saisir, le temps d'une chanson. Pas plus de dix spectateurs à la fois. Assis sur des coussins, à moins d'un mètre de l'interprète afin de maintenir la sensation d'intimité, tout en la mettant à l'oeuvre.

Et puis ces moments de danse rencontrent les images. Petit à petit, dans une logique de resserrement, ces vécus de corps dansants se mettent à correspondre. La gestuelle chorégraphique de Philippe Jamet est simple. Il ne s'embarrasse pas de second degré. Pour la première fois peut-être, il livre une proposition aboutie à travers une expérience participative du spectateur qui active la représentation à son rythme. Ce qui permet au chorégraphe de trouver sa juste place dans la relation de l'art et du quotidien qu'il essaye depuis toujours de résoudre. Celle de l'effacement. »

Francis Cossu La Marseillaise 28 janvier 2000.


ROMA

« Dazami come tu vivi » deve aver chiesto Philippe Jamet, armato di videocamera, alle persone che man mano incontrava nel corso della realizzazione del suo progetto. « Tutti possono danzare » era l'incoraggiante scritta conclusiva dell'annuncio col quale invitava persone dai dieci agli ottanta anni a farsi fare da lui un video-ritratto. Con una curiosità voujeristica alla « Grande fratello », Jamet entra nelle case e coinvolge goffi omoni, tenere adolescenti, anziani extracomunitari bambini, cani, gatti in un gran calderone danzato che a lavoro concluso ha acquisto qualcosa che va oltre l'umano, scopre una specie di radice mistica. Il mistero della creazione del mondo è racchiuso nella danza de dio Shiva, dicono gli indu. Et l'autenticità, la forza poetica di questi brevi ritratti, tre minuti ognuno, è qualcosa che calamita l'attenzione dell'osservatore. Una raccolta di danze istintive, attraverso le quali le persone esprimono il loro modo di sentire l'amore la paura, indicato i loro ognette prefereriti, mostrano la loro abitazione, scoprono una parte del corpo che amano di più. Il corpo viene spinto ad esprimersi senza costrizioni e senza inibizioni, ad esternare cio che ha dentro, ne risulta una danza spontanea, istintiva, bruta e al tempo steso sacra. Una sacralità che trapela anche dal modo di inquadrare, di riprendere, di montare le immagini tra loro. »

Giula Salviani lazianews .net/Destra Divertimento /Arte 16 octobre 2000.


CALAIS

« En prolongeant l'errement jusqu'à l'enceinte du Passager on retrouve dans les Portraits Dansés de Philippe Jamet  ce même souci d'un anonymat brisé et d'une approche du quotidien. Plusieurs espaces esquissent une rencontre entre les habitants de Marseille et ceux de Calais par vidéo interposée. Devant la caméra, en plan fixe, les gens répondent aux questions telles : « Quel est votre plus grand espoir ?, votre plus grande peur ? » Touchants et souvent drôles, ces zappings sont prolongés par des face-à-face de quelques minutes entre un danseur et une dizaine de spectateurs. A la fin, le public dépose ses propres réponses aux questions des vidéos. A « Quelle est votre plus belle rencontre ? » On peut déjà lire « Mon chien » ou « Mon ex ».

Bruno Masi Libération 28 octobre 2000.


NANTES

« On est partagé entre deux sentiments. Celui de se demander comment on peut se raconter ainsi. Dire sans pudeur et sans limite, même brièvement, ce qui relève du privé. Et celui d'être confondu devant tant d'humanité et de simplicité. De fougue aussi.

Et il y a la danse aussi. Comme fil conducteur. Qui apporte comme un grand bol d'air à la fin de chaque portrait. Comme si les corps se déliaient, respiraient un grand coup pour continuer la marche. C'est encore plus flagrant dans la salle suivante où sur l'écran défile par thème, la succession des gestes filmés. L'abandon est là et tant pis si le geste n'est pas parfait. L'émotion naît aussi de la gaucherie, du geste timide.

Danse encore pour clôturer le parcours. Avec dans quatre petites salles, quatre solos inspirés des gestes des personnes filmées. C?est simple et beau. Des gestes amples, fluides et légers, qui ont l'air de s'ouvrir et de s'offrir au monde. »

Yasmine TIGOE Ouest-France 1er mars 2001.


GRENOBLE

«  Portraits Dansés tient à la fois du spectacle, de l'exposition et de l'enquête sociologique. Résultat : un montage vidéo d'une cinquantaine de portraits (de trois minutes) insolites et émouvants. Filmés dans leur intimité (salon, chambre) les acteurs d'un jour ont livré des bribes de leur existence, de leurs doutes, de leurs désirs, avec leurs mots et leurs gestes. Cette matière brute a été ensuite reprise par les danseurs de la compagnie. Ils nous donnent à voir, sous la forme de soli, un alphabet chorégraphique de sentiments. L'expérience avec les habitants de Marseille et ceux de Brétigny-sur-Orge est riche et concluante. D'autres villes françaises et étrangères sont à l'étude. Il faut vraiment aller déambuler dans cette « exposition » en mouvement.

A.Guillaume Libération Rhône-Alpes 13 mars 2001.


GRASSE

« Les gens normaux n'ont rien d'extraordinaire. : ils nous parlent de nous et nous offrent leurs pensées les plus intimes. On entre dans leur cuisine sans effraction. Ils donnent envie de danser, de rire, de chanter nos petites chansons préférées comme « le petit bal perdu » de Bourvil, ou « Les Champs Elysées » de Joe Dassin.

La forme de « Portraits dansés » est simple, lumineuse, claire, comme la ville de Marseille selon un de ses habitants.

Après ces séries de portraits vidéo de trois minutes chacun, on assiste à des projections thématiques sur le bonheur, le malheur, la peur, l'espoir. C'est un grand tableau des sentiments humains, une chorégraphie ou un alphabet d'une grande pureté formelle. »

A.Manbon Nice Matin 8 avril 2001.


LYON

« Et le plus beau dans ce passage d'un espace à l'autre, de l'amateur filmé au corps réel du professionnel, c'est qu'il n'y a plus de frontières. Ce qui part de l'individu sert de lieu de rencontres. Alban, Véronique et les autres étaient figés sur l'écran, mais ils ont laissé des traces. Et parfois la maladresse servait la justesse d'une émotion personnelle. Quant aux danseurs, capteurs d'eux-mêmes et des autres, ils offrent l'occasion au spectateur de dire merci pour ces portraits dansés. »

Agnès Benoist Lyon Figaro 21 avril 2001.


DIEPPE

« Lorsqu'ils évoquent leur plus grand malheur, leur plus grande joie, leur plus grand espoir, les Dieppois livrent forcément une partie de leur personnalité et un peu plus encore. Ces confidences sont parfois si intimes que le spectateur peut finalement se sentir gêné de pénétrer enfin dans la vie privée de son voisin. La peur de mourir souvent associée au désir de suicide, le bonheur de vivre et l'espoir d'une meilleure communication entre les hommes sont finalement le principaux thèmes portés par les Dieppois qui s'inscrivent, au-delà du projet artistique initial, dans une véritable étude anthropologique. »

Les Informations Dieppoises 11 octobre 2001.


AIX-EN-PROVENCE

« Spectacle de danse, reportage vidéo ou exposition, on ne saurait définir réellement sa démonstration. Le visiteur entre avec lui dans l'intimité des « gens » de Dieppe ou de Marseille, Giselle, Raymond, Omar sont des personnes comme vous et moi. Ils se sont prêtés à un jeu difficile : exprimer leurs sentiments en dansant. Le résultat est époustouflant. Le spectateur reçoit de plein fouet la joie, le malheur ou l'espoir des protagonistes. De fait, il se trouve confronté à ses propres émotions. L'intensité gagne encore pendant les chorégraphies. Sun Hye, Elisabeth ou Romano, chaque danseur à sa manière, a travaillé sur les gestes des gens filmés. Le sentiment est étrange. La proximité du danseur, son regard, sa chaleur, ses gestes lents et doux, brusques et rapides emportent le spectateur dans un étourdissant mélange de sentiments. Portraits Dansés est un patchwork d'instants de vie, une mosaïque d'émotions. »

Jo.D. La Provence 1er février 2002.