LE 11 SEPTEMBRE N’A RIEN CHANGE

Je me souviens du 11 septembre 2001 et de mon agacement devant la sidération qui s’était abattue sur les inconnus qui m’entouraient (j’étais dans un lieu public). La télé passait les mêmes images en boucles, c’était hypnotique. Le commentaire en direct trahissait l’incompréhension totale de la situation : on parlait d’accident - comme si avec deux pilotes dans un cockpit on pouvait foncer par temps clair droit dans une tour. On parlait pour ne rien dire, et tous le monde écoutait médusé. C’était vraiment un « conte de bruit et de fureur raconté par un idiot ». De la grande télé. Je me souviens aussi de la jubilation de mes amis sud-américains pour qui le 11 septembre était le funeste anniversaire du coup d’état de Pinochet.

Habitué à visionner des images impressionnantes (par chance je ne travaillais pas ce jour là) je n’ai jamais été sensible au spectaculaire, qu’il soit réel ou fictionnel. J’ai aussi conscience que les événements les plus importants de l’histoire sont toujours invisibles, et qu’on n’en prend conscience que des décennies plus tard. J’ai pensé sur l’instant à un attentat d’extrême droite car ce sont les seuls qui cherchent à faire le plus de morts possible. J’avais raison dans un sens, car les islamistes sont aussi les fascistes d’Allah. Céder au spectaculaire, lui donner du crédit, se laisser captiver, c’était pour moi céder au terrorisme. Les terroristes eux même avaient cédé à l’esthétique d’Hollywood, à l’esthétique de l’ennemi,  en choisissant le Skyline de Manhattan, décor favori des films catastrophes et d’effets spéciaux. Une esthétique islamique aurai plutôt préconisé un massacre dans des flots de sang, du genre de celui du temple d’Hatshepsout en 97. En adoptant l’esthétique de l’ennemi, ils avaient déjà perdu. Je tournai les talons pour marquer mon indifférence et décidais de considérer la scène comme une péripétie de plus dans l’histoire de la télé.

Dix ans après, tout ce qu’on pouvait dire ou écrire d’idiot autour de cette scène a été dit ou écrit, de Stockhausen à Thierry Meyssan en passant par tous les « spécialistes ». C’est beaucoup trop pour un événement qui a fait somme toute moins de morts qu’une canicule ou la moindre famine. Beaucoup trop aussi d’en faire l’entrée dans le XXIe siècle. Car le 11 septembre n’a rien changé : pas plus que l’assassinat de François Ferdinand n’est la cause de la Grande Guerre, le 11 septembre n’a engendré ni l’invasion de l’Irak, prévue depuis 91, ni la guerre d’Afghanistan qui dure depuis 79 (et ne s’achèvera qu’avec le fin du système tribal et de la culture du pavot) ; il a peut être accéléré la paranoïa sécuritaire et les contrôles à l’embarquement, mais « Vigipirate » existait bien avant. Pour chacune des décisions militaires ou politiques qui ont été prises ensuite on aurait trouvé sans doute d’autres prétextes, ou les aurait inventés (comme les armes de destruction massives de Saddam). Les causes profondes sont économiques dont peu télévisuelles.  On ne fait pas de spectacle avec des chiffres. On laisse ça aux historiens à naître.

La véritable porte d’entrée dans le siècle me semble bien plus la dérégulation du commerce mondial dont nous subissons aujourd’hui largement les effets, la longue négociation des accords du GATT qui abouti en 94 à la création de l’OMC.

Quand à Ben Laden, pour citer à nouveau Shakespeare, et le même extrait de Macbeth : c’était « un pauvre acteur qui s'agite et parade une heure, sur la scène, puis que l’on ne l'entend plus ».

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« 11 septembre au bain turc » ou « bain turc au 11 septembre »